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14/06/2013 - Des avatars pour soigner les schizophrènes PDF Imprimer Envoyer
Actualités Presse

Un programme informatique permet aux patients schizophrènes qui entendent des voix de «rencontrer» virtuellement l'auteur de ces hallucinations auditives pour apprendre à les contrôler.

Pour mettre un terme aux voix qu'entendent les patients schizophrènes, Julian Leff, un professeur anglais de l'University College of London, propose aux patients de se confronter à l'auteur de ces voix en face à face. Pour cela, son équipe a développé un programme informatique permettant de créer un portrait robot tel que le patient s'imagine son ‘adversaire' et de lui associer une voix identique à celle qu'il entend. Le Pr Julian Leff incite ensuite le patient à engager une discussion avec l'avatar et fait parler celui-ci avec la fausse voix choisie par le patient. L'objectif est de donner au malade l'impression de prendre le contrôle sur l'avatar et par ce biais, sur les voix qui le hantent.

Environ la moitié des patients schizophrènes ont des hallucinations auditives. Dans la plupart des cas, ces voix sont effrayantes, dictant des comportements ou des idées, jugeant les actes et menaçant le malade ou ses proches en cas d'opposition ou de refus d'obtempérer. Certains médicaments, comme l'halopéridol, aident à contrôler la sévérité de ce symptôme mais au moins un quart des patients n'y répondent pas et évoquent alors une profonde détresse. C'est ce qui a poussé le Pr Julian Leff à expérimenter son programme d'avatar sur une vingtaine de malades non soulagés par les médicaments. En pratique, il installe le patient face au moniteur où apparaît le portrait-robot et s'isole dans une pièce voisine. Il s'adresse alors au malade en tant que thérapeute avec sa vraie voix pour le guider dans cette confrontation, ou en tant qu'avatar, via le logiciel informatique qui transforme sa voix et agite les lèvres du personnage virtuel. «J'encourage le patient à demander à son avatar qu'il le laisse tranquille, lui dire qu'il ne le croit pas, qu'il veut qu'il parte, et progressivement, je modifie les réactions de l'avatar pour transformer la résistance des débuts en soumission, voire compassion pour le malade», décrit-il.

Trois patients n'entendent plus du tout les voix
Sur les 26 personnes sélectionnées qui entendaient des voix depuis plus de dix ans en moyenne, dix se sont finalement désistées, principalement par peur de la confrontation. L'une d'elle évoquant même des «douleurs infligées par le diable qui l'habite pour avoir accepté cette étude». Pour les autres, le Pr Leff a effectué six séances de trente minutes espacées chacune d'une semaine. Les séances étaient enregistrées pour que le patient puisse les réécouter en cas d'hallucinations entre deux rendez-vous. Les résultats obtenus, publiés dans le British Journal of Psychiatry, ont agréablement surpris le psychiatre. Des échelles d'évaluation ont montré une baisse de la fréquence et de la sévérité des hallucinations mais également de leur caractère menaçant, ainsi qu'une baisse du risque suicidaire. Chez trois patients, les hallucinations auditives ont même totalement disparu. «Un bilan très positif compte tenu de la brièveté de la thérapie (7 semaines), contre 6 à 12 mois et environ 20 séances pour une thérapie cognitivo-comportamentale susceptible d'apporter une amélioration», estime le Pr Leff.

«La démarche est originale et les résultats intéressants car les hallucinations auditives sont sources de comportements imprévisibles voire dangereux, rappelle le Pr Jean-Pierre Olié, psychiatre à l'hôpital Sainte-Anne à Paris. Mais la schizophrénie ne se résume pas aux hallucinations. Il s'agit d'un seul symptôme de la maladie, qui entraîne par ailleurs des angoisses, une désorganisation des pensées, des paroles et des actes, ou encore des délires. De précédents travaux avec la stimulation magnétique transcranienne ont d'ailleurs montré que le fait de faire disparaître les voix ne guérit par pour autant le patient», insiste-t-il.

Une nouvelle étape dans l'évaluation de cette thérapie par avatar sera lancée le mois prochain par le King's College London Institute of Psychiatry et inclura plus 142 patients. Le Wellcome Trust, l'une des Fondations les plus prospères de soutien à la recherche médicale en assure le financement à hauteur de 1,5 million d'euros. Les résultats sont attendus début 2016.

Article paru dans Le Figaro / Santé

Exemple d'avatar créé par un patient du Pr Leff.

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Mise à jour le Mercredi, 25 Septembre 2013 15:03
 

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