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06/09/2014: Simone Grand "cacher ce qui dérange" PDF Imprimer Envoyer
Actualités Presse

Un article de Mme Simone GRAND, sociologue paru dans le journal "La dépêche" du Samedi 6 septembre 2014

“Les maisons de retraite permettent de conserver le plus longtemps possible notre dignité”


“Le devenir des personnes âgées est un problème récurrent en Polynésie française. Cela avait déjà été soulevé, notamment dans un livre écrit par Douglas Oliver retraçant l’arrivée des missionnaires à bord du Duff et l’accueil qui leur avait été réservé. Ce qu’il faut savoir, c’est que jadis, dans les sociétés rurales - et cela était également valable pour la France - les personnes âgées étaient considérées comme des bouches à nourrir inutiles. On constate aujourd’hui que cela est toujours le cas et que certaines constantes demeurent. Il y a un certain mécanisme mental qui se répète en ce qui concerne les personnes handicapées et âgées qui sont considérées comme “encombrantes”. On retrouve ce mécanisme mental aux niveaux des autorités qui rejettent la gestion de ces personnes sur des associations qu’elles ont demandé à créer pour des raisons financières. Aujourd’hui, on voit qu’étrangement, ce sont les mêmes qui ont demandé la mise en place de ces structures qui leur enlève leur budget de fonctionnement. Aujourd’hui, comme hier, les autorités se voilent la face. Il ne faut pas détruire le mythe du paradis polynésien. Or, les personnes âgées et les handicapés ne participent pas à ce mythe, et ça dérange.

Il faut donc les occulter par tous les moyens, comme faire retourner les enfants handicapés dans les familles, ce qui est une absurdité, compte tenu des pathologies qui nécessitent souvent un encadrement ou une prise en charge médicale permanente. Si ces enfants ont été placés dans des structures spécialisées, c’est précisément parce qu’ils devaient y être placés compte tenu de leur état. Laisser les familles prendre la place des professionnels de santé est absurde. Aujourd’hui, la famille ne donne pas la place aux personnes âgées. Si elles n’ont pas de revenu, elles finissent au Centre d’accueil pour personnes âgées (Capa), qui est une sorte de mouroir, si elles ont une rente, elles vont dans des structures privées, hélas trop peu nombreuses. Le mode de vie fait qu’aujourd’hui, on ne peut pas être aussi convivial qu’avant, même avec des membres de sa propre famille. Plus la civilisation avance, plus la famille se trouve démunie face à la vieillesse. Lorsque nous rencontrons des périodes de difficultés pour satisfaire des besoins premiers, l’égoïsme grandit, ce qui ne veut cependant pas dire que les riches sont moins égoïstes. Ce qui est non marchand n’est pas pris en compte dans la réflexion économique, et à force de mépriser cela, on finit par peser sur la société et rendre plus dramatique la situation des personnes âgées, celle des handicapés et des SDF. On accule les personnes à l’indignité sociale par une non prise en compte d’un secteur non marchand qui avait pourtant un rôle sociétal essentiel qui faisait que, malgré une pauvreté reconnue, on pouvait vivre de manière agréable. Par contre, alors que l’on voudrait cacher la vieillesse, on magnifie les tupuna et la mémoire, dans une contradiction totale et une incohérence de la pensée. Si les Polynésiens vivent dignement, il va de soit que l’accueil de l’autre sera meilleur. C’est un principe qui a son importance pour le développement du tourisme.

 

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Mise à jour le Lundi, 08 Septembre 2014 13:19
 

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